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ET L'ILE PARTIT VERS LE NORD

Texte : Alice Lacharme

Dessin : Lise Hascoët

Ecriture et production en cours, avec le soutien de l'association CALI (Culture, Arts et Lettres des Îles) en résidence au Sémaphore du Créac'h

Dossier

NOTE D'INTENTION
RÉSUMÉ

RÉSUMÉ

Ouessant.

Sur le rivage de Ouessant, dans le vent et la lande, Margaux cherche les phoques du regard, troublée par un amour naissant. Elle découvre, parmi les cailloux ronds de la grève, un corps d'homme noyé. Ce n'est pas un noyé habituel : son corps est gris-bleu, un peu comme la mer ou un peu comme le phoque, dur comme de la pierre mais gonflé par l'eau. Il s'agit d'un habitant de l'île. C'est la troisième fois que son corps revient, personne ne parvient jamais à le sortir de l'eau.

Margaux continue sa vie insulaire entre conférence sur les nudibranches, invasion des ornythologues amateurs, chasseurs en gilets orange fluo, mais il lui faut retrouver ce corps. Parmi les nombreuses épaves qui entourent Ouessant, parmi les écueils qui ont provoqué ces naufrages, elle plonge. Elle parcourt les rochers de la chaussée de Keller, du Stiff, de l'île Keller. Elle quadrille le monde sous-marin, ses forêts de laminaires, ses bancs de poissons, ses coraux rares , sa lumière particulière, ses épaves. Etrange, la colonie de phoque s'évanouit chaque fois qu'elle passe la pointe est de l'île Keller... En cherchant les phoques, Margaux se retrouve coincée dans une grotte amarrée de Keller par marée montante.

Le lendemain, elle court sur la falaise de l'île Keller qui donne sur Ouessant ; les deux îles sont assez proches, depuis Ouessant on la verra si elle fait des signes, on viendra la chercher. Mais Ouessant n'est nulle part. L'île est entourée d'eau, à perte de vue.

Alors elle les voit parmi l'écume : les phoques, la colonie de phoques qui nage devant Keller et entraîne l'île dans son sillage. Et parmi eux, l'homme-marin, sa peau devenue tégument, l'homme glaize ressuscité qui entraîne l'île vers le nord.

L'île remonte jusqu'aux glaciers, jusqu'à l'Arctique. Et Margaux, aux premiers icebergs, au contact des oiseaux migrateurs qui se posent sur cette île mobile, se transforme doucement en aigrette.

Quand l'île devient glace et que l'homme-marin est totalement phoque, elle s'envole, pour remonter à son tour encore plus au nord, prise par cette transformation inéluctable de son corps vers une autre vie. Le seul signe qui reste d'elle, ce sont ses yeux.

 

Compagnie PAREIL JAMAIS

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